#JeudiAutoEdition - Qui sont ces auteurs ? #42



Le #JeudiAutoEdition est un rendez-vous que je suis de très près depuis un petit moment et n'ayant pas toujours une lecture sous la main, je préfère mettre en avant un ou une auteur(e) auto-édité(e), ce qui, je l'espère, vous permettra de le ou la connaître un peu plus et pourquoi pas, la curiosité fera le reste ... 





Cette semaine, c'est au tour de Anne-Juliette Devos



Pour commencer, pouvez-vous nous faire une petite présentation rapide pour ceux et celles qui ne vous connaissent pas encore ? (D'où vous venez, les études faites, etc.)

Je suis née en 1990, à Arras (Pas-de-Calais), pile pour l’heure du café… Mon parcours universitaire a commencé de manière très logique : baccalauréat littéraire, hypokhâgne, khâgne, puis lettres modernes jusqu’en M1. Pendant cette période, j’ai effectué quelques stages en journalisme et maison d’édition. Ensuite, virage à 180 degrés vers une école de conseil en image. Aujourd’hui, mon homme et moi sommes installés en région Rhône-Alpes et passons le plus clair de notre temps libre en montagne, un ressourcement essentiel pour l’inspiration.




Quel est votre univers livresque ?


Il est assez éclectique, même si en vieillissant j’avoue être moins aventurière, j’ai tendance à aller vers les mêmes genres.
Je suis obligée de citer Harry Potter, je suis une vraie fane ! Je les relis chaque année ; au début de l’automne, ça m’aide à passer le cap des jours qui raccourcissent ;) Je ne m’en lasse pas… Mieux, je découvre encore des choses…
A part mon pote Potter, je suis plutôt attirée par le roman choral, réaliste et qui présente des personnages entiers et bien construits, avec une vraie psychologie et des sentiments qui ne trompent pas. Sur ma table de chevet trône la pile de mes « must-read » : Une place à Prendre, de J.K Rowling, pour le cynisme du ton employé et la douce satire qui entoure les habitants de la bourgade de Pagford. Les Intéressants et la Position, de Meg Wolitzer. En attendant Babylone, d’Amanda Boyden. Sans oublier mes deux romans « coup-de-poing », je veux parler de ceux dont la lecture vous bouleverse et chaque phrase vous transforme : Les Raisins de la colère de Steinbeck ; le Chemin des âmes de Joseph Boyden.
Vous l’aurez compris, je suis plutôt tournée vers la littérature anglo-saxonne, sans renier nos belles écritures françaises. L’an passé, j’ai d’ailleurs dévoré (c’est le mot) la Renverse d’Olivier Adam. Récemment, j’ai découvert l’autrice Cécile Coulon en regardant la Grande Librairie, je crois que je vais bientôt aller chercher ses œuvres chez mon libraire !
Plus haut, je parlais de mon goût pour les personnages attachants et bien construits, en cela je suis obligée de mentionner Fred Vargas ! Sa plume m’impressionne. Elle manie l’art du dialogue comme personne.




Qui vous a donné l'envie d'écrire à votre tour ? Quel est votre objectif lorsque vous écrivez ? (Donner du plaisir, vous évader, faire partager, etc.)

J.K Rowling, sans hésiter ! Je suis tellement pétrie d’admiration pour ce qu’elle a su créer : un monde, sans fausse note, avec une cohérence qui détonne et, je le répète, des personnages vrais, attachants et assez complexes pour ne pas tomber dans l’écueil de la simplicité. Pour autant, je n’ai pas essayé d’écrire sur la magie, je crois simplement qu’elle a fait le tour ; et que je n’ai pas assez de recul pour me soustraire à cette univers.
C’est vers la littérature réaliste que je me suis orientée, avec pour objectif de disséquer les rapports humains, de montrer une vision de l’individu avec ses contradictions intrinsèques. Notre époque aime à ranger les gens dans des cases : « Les bobos », « les conservateurs », « les écolos » ; « Les littéraires » « les scientifiques… » Alors que, si on regarde de plus près, la plupart des gens sont bien loin de tous ces clichés au travers desquels on s’obstine à les définir (pour ne pas dire à les réduire). Finalement, les jusqu’au-boutistes, qui rentrent parfaitement dans un moule, sont assez rares et c’est tant mieux.
Pour mon premier roman, Forget-me-not, j’ai voulu dépeindre une famille et offrir une vision de la vie, simple et sans fioritures, la vie en plus drôle. J’ai besoin de ma dose d’humour…Pour moi, il n’y a pas de plus beau compliment que lorsqu’on me dit « j’ai tellement ri en lisant ton roman ». Pour autant, le rire pour le rire, la gaudriole, ne m’intéresse pas vraiment. Je veux des rires francs, mais je veux aussi déclencher des rires jaunes. J’espère utiliser à bon escient ce qu’il faut d’ironie, au milieu d’un comique de répétition, que j’avoue récurrent. J’aime que, sous la légèreté sommeillent des concepts plus graves. Avec ce premier roman, j’espère réussir à tordre le cou au patriarcat. Le deuxième, sur lequel je travaille actuellement, aura une portée plutôt écologiste, un autre engagement qui m’est cher.




Comment s'est déroulé l'écriture du roman (ou des romans) ?

Ça a été long . Il s’est écoulé du temps (presque deux ans) entre le moment où l’idée de Forget-me-not a germé dans mon esprit et celui où j’ai réellement commencé à coucher tout ça sur le papier. Pendant deux ans, j’ai griffonné des bribes, des miettes de pensées sur des coins de feuilles et des post-it, le tout consigné dans une boîte My Little Box. Je savais ce que je voulais écrire, je savais à peu près comment, mais j’avais un problème de construction : par où commencer ? Comment enchaîner les chapitres et distiller le flot d’informations pour susciter l’envie du lecteur ? Tout a commencé à se débloquer au moment où j’ai posé des prénoms sur mes personnages, et une fois ces prénoms posés, les visages ont commencé à se dessiner, puis les caractères à se préciser. Ensuite, une fois que le titre s’est imposé, il est un peu devenu mon « cap », celui vers lequel on regarde quand on ne sait plus où aller.





Vous imposez-vous un rythme d'écriture ou écrivez-vous quand l'inspiration est là ?


Une fois la rédaction commencée, j’ai abordé l’écriture avec une certaine rigueur… Parce que je pouvais me le permettre, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Je pense qu’il n’y a pas de règles, j’ai discuté avec des auteurs et autrices qui écrivent au feeling, sans plan, sans s’imposer d’horaires. Vraiment, je pense qu’il n’y a pas de règles. Pour ma part : j’essayais d’être en poste à 09h00 du matin, jusqu’à midi j’écrivais en mode crayon-papier, parfois les grandes lignes, parfois les infimes détails… C’était selon. Entre midi et deux, c’était l’heure de faire du sport : footing, principalement… Qu’importe la météo, c’était le moment de se vider la tête pour faire de la place à l’imagination. Puis l’après-midi, c’était rédaction sur ordinateur, toujours en musique et avec le wifi coupé.
J’essayais de m’en tenir à un minimum dix pages par jour : même sans inspiration, même si ça semble nul et sans intérêt, on stimule le cerveau, la créativité… Et qui sait, au milieu d’une page mal écrite peut sommeiller le début d’une belle phrase. Entre 19H00 et 20H00, je relisais le travail de la journée. Voilà, cette routine fonctionnait du lundi au jeudi, et le vendredi je relisais les écritures de la semaine. Ça peut paraître sans fantaisie, j’en conviens, mais c’est ma manière de me booster et d’avancer. J’ai écrit Forget-me-not en trois mois, et pendant un an je l’ai retravaillé, retouché, réécrit… C’est long de polir et d’arrondir les angles. Pour le deuxième, les choses s’annoncent un peu différentes : je m’impose à peu près le même emploi du temps, mais avec une trame moins échafaudée à l’avance. J’ai une visibilité qui s’étend à, plus ou moins, trente pages. J’ai l’impression que cette histoire s’écrit toute seule, au fur et à mesure. J’ai le début, j’ai la fin… le milieu est encore un mystère.




Pourquoi avoir choisi l'auto-édition ?

Je ne pensais pas me tourner vers l’auto-édition, à vrai dire, pas plus que je n’envisageais l’édition à compte d’éditeur non plus. En réalité, j’étais tellement en immersion dans l’écriture de mon roman que j’en avais oublié qu’un monde gravitait autour. J’ai écrit, non pas dans le but de devenir autrice, mais parce que j’avais besoin de cracher toute cette histoire sur le papier. Mais, sans se mentir : si on veut en faire son métier il faut passer à l’action un jour ou l’autre. Ecrire dans son salon, c’est bien… Mais écrire dans le vent, ce n’est pas très utile. Et en même temps, je n’ai pas grande foi dans l’édition traditionnelle : je ne crache pas dessus, évidemment que si on me le proposait, je ne réfléchirai pas deux fois et foncerais ! Mais j’ai réalisé mon stage de fin d’étude au service des manuscrits d’une grande maison d’édition… Et j’ai bien vu que c’était une perte de temps et d’argent que d’imprimer et d’envoyer un manuscrit qui sera archivé sans être lu, et refusé par message automatique. Ce n’est bien évidemment par le cas de toutes les maisons, mais je crois que c’est tout de même une grande majorité. Le pire, c’est que je peux les comprendre. J’avoue que lorsqu’arrive une pile de vingt romans par jour, c’est compliqué. De ce fait, sans acharnement, je l’ai envoyé à deux ou trois maisons, sans y croire vraiment mais avec la certitude d’avoir ciblé des maisons aux lignes éditoriales en cohérence avec mon style. Deux ne m’ont jamais répondu ; la troisième : dix mois après l’envoi, m’écrivait pour me dire qu’après étude approfondie, mon roman n’avait pas été retenu. Ce que je n’ai pas accueilli comme une fatalité. Ça reste un premier roman, et je me dis qu’à vingt-six ans, la route est longue. Donc, j’ai vu l’auto-édition (exclusivement numérique pour ma part), comme moyen d’être lue malgré tout. Et c’est tout ce qui m’importe aujourd’hui ;).





Comment avez-vous vécu l’enthousiasme des premiers lecteurs ? Le retour des critiques, positives comme négatives.

Je crois qu’à l’instar des autres écrivains, c’était ce que je craignais le plus : le jugement. Et principalement celui des proches… D’autant plus que mes meilleures amies et mon homme l’ont découvert tout frais, sans retouches ; il était encore truffé de coquilles et de virgules hasardeuses. Les premières critiques ont été bonnes et constructives : elles m’ont aidé à ajuster certains détails. Pour l’instant, sur une quarantaine de lecteurs (proches ou inconnus), je n’ai eu que des critiques positives… La moins bonne que j’ai reçue, venait d’une lectrice qui m’a expliqué avoir apprécié le style, mais qui reprochait le manque d’intrigue… Ce que je peux entièrement comprendre d’ailleurs. Notre style, nos histoires ne peuvent pas plaire à tout le monde. Mais à part ça, je n’ai pas encore eu assez de lecteurs pour connaître la critique acerbe, justifiée ou gratuite.





Comment s'est passé le choix de la couverture du roman ? Y avez-vous participé ? Si non, qu'auriez-vous changé ?

Je ne m’étais pas vraiment attardée sur ce point. Spontanément, j’aime les couvertures sobres et/ou personnelles. J’ai d’abord bidouillé un truc à la va-vite, sans être magnifique, ce n’était pas trop mal non plus. Puis une graphiste, que je recommande d’ailleurs sur mon compte twitter, a ensuite réalisé une couverture, d’après deux ou trois détails que je lui ai donnés. Je suis vraiment séduite par le résultat.






Si vous pouviez donner vie à l'un de vos personnages, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?


Hum, très bonne question. Je dirais Guilhem, pour son altruisme, son humour et sa sensibilité, je ne vous en dit pas plus…



Sur quel projet êtes-vous en ce moment ?

Actuellement, je suis sur un deuxième roman qui paraîtra, je l’espère, courant 2018…




Auriez-vous des conseils d'écriture pour nos jeunes débutants ?

Faites-vous plaisir, nourrissez-vous de ce monde qui vous entoure, du bon comme du mauvais ; aimez, indignez-vous, refusez le prêt-à-penser … et surtout, lisez !




Un petit mot pour la fin ?

Ce fut un réel plaisir de répondre à toutes ces questions, c’est un exercice bien plus compliqué que je ne me l’étais imaginé ! J’espère que je n’ai pas été trop bavarde, l’art de la synthèse m’a encore échappé . Bonne lecture à tous et bonne continuation à toi  Longue vie au blog ! ♥ 


• Bonus •

Si cette interview vous a plus, je vous invite à suivre toutes les news à travers le compte Twitter de l'auteure ♥




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